Le massacre de la Ruelle Vaillant, 29 novembre 1987.
Le 29 novembre 1987 demeure l’une des dates les plus sombres de l’histoire contemporaine d’Haïti: le massacre de la Ruelle Vaillant. Ce jour-là, alors que le pays s’apprêtait à organiser les premières élections présidentielles véritablement libres après la chute du régime des Duvalier, une vague de violence systématique a plongé la nation dans le chaos, mettant un frein brutal au processus démocratique engagé depuis 1986.
Après le départ de Jean-Claude Duvalier, Haïti était gouverné par le Conseil National de Gouvernement (CNG), dominé par les forces armées. Sous la pression populaire, un calendrier électoral avait été établi pour le 29 novembre 1987, date qui devait marquer un tournant : l’élection d’un président choisi librement par les citoyens, sans intervention dictatoriale, pour la première fois en plus de trois décennies.
L’enthousiasme était palpable. Selon les archives, des centaines de milliers d’électeurs se sont rendus aux urnes dès l’aube, déterminés à exercer leur droit civique malgré les tensions et les pressions.
Très tôt dans la journée, plusieurs groupes armés ont pris d’assaut des centres de vote à travers le pays. Les attaques se sont multipliées, principalement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, mais aussi en province. Comme faits marquant: des électeurs ont été abattus dans les files d’attente; des bureaux ont été incendiés, saccagés ou fermés sous la menace; des observateurs, journalistes et membres du Conseil Électoral Provisoire (CEP) ont été pris pour cibles;
Les scènes les plus meurtrières ont été enregistrées à l’École Argentine Bellegarde, devenue un symbole de cette tragédie.
Les témoignages et enquêtes menées par la suite ont pointé du doigt des éléments des Forces Armées d’Haïti et des réseaux proches de l’ancien régime duvaliériste, accusés d’avoir orchestré ces attaques afin d’empêcher la tenue d’élections libres.
Devant l’ampleur de la violence, le CEP a été contraint d’annuler le scrutin dans l’après-midi. Dans une déclaration ferme, il a dénoncé un “massacre contre la démocratie”, rappelant que les forces participant au processus électoral avaient été délibérément attaquées pour maintenir le pays dans l’instabilité et préserver des intérêts militaires.
La journée du 29 novembre 1987 s’est soldée par des dizaines voire même des centaines de morts, d’après certaines estimations évoquées provenant des rapports d’organisations locales et internationales.
Ce massacre aussi provoqué une profonde onde de choc dans la société haïtienne. Il a révélé la fragilité du processus de transition et l’emprise persistante des forces hostiles au changement.
Ses conséquences immédiates ont été lourdes :
1) Une perte de confiance généralisée dans les institutions;
2)Une transition politique retardée;
3) La tenue d’élections sous influence militaire en janvier 1988, largement contestées.
Ce n’est qu’en décembre 1990, avec l’élection de Jean-Bertrand Aristide, qu’Haïti a pu renouer avec un véritable scrutin démocratique.
Aujourd’hui encore, le 29 novembre 1987 reste un rappel douloureux du coût humain de la quête démocratique en Haïti. Chaque commémoration de cette date invite à une réflexion profonde sur d’abord sur la nécessité de protéger les institutions démocratiques, ensuite le rôle de la société civile dans la surveillance du processus électoral, et aussi l’importance de la mémoire nationale pour éviter la répétition de tels drames.
Patriarche.


